dimanche 11 décembre 2011

LIVRE, ROMAN HISTORIQUE + THRILLER MÉDICAL, BIÈRE DOW QUÉBEC, «Les Coeurs tigrés», du Dr. Yves Morin, cardiologue




Un roman captivant qui plaira aux professionnels, médecins, cardiologues,  enseignants, historiens, linguistes, hommes, femmes, papies, mamies...
En 1665 surgissent de toutes les classes de la société de jeunes hommes souffrant d'une maladie inconnue qui les assaille et les tue en quelques jours. En 1965, même chose. Mais quelle peut bien être l'origine de cette maladie mortelle poussant ses victimes aux mêmes symptômes caractéristiques ? Que faut-il faire pour enrayer ce mal ?

Roman historique et thriller médical, et les limites des comités
Les Coeurs tigrés est à la fois un roman historique et un thriller médical tout autant qu'une analyse poussée des limites bien réelles des comités experts pour régir la santé des citoyens face à de grandes entreprises fortunées et intéressées à faire de l'argent et à ce que leur nom ne subisse aucun tort.

Le scandale de la bière Dow
L'auteur, qui était jeune cardiologue à Québec au moment du scandale de la bière québécoise dont les buveurs perdaient l'appétit et se retrouvaient du jour au lendemain souffrant gravement du coeur et mourant en quelques heures ou quelques jours de leur admission à l'Urgence de l'Hôtel Dieu de la ville de Québec, a choisi de nous raconter cette passionnante histoire en faisant le lien avec la brasserie qu'avait fait construire Jean Talon au même emplacement trois cents ans plus tôt.

3 siècles auparavant
Le seul médecin de l'époque travaillant avec la seule aide des soeurs Augustines avait fini par identifier la maladie et la nommer ; un frère en avait peint une scène dépictant clairement certains indices ; les religieuses en avaient conservé le souvenir. Mais les lieux où avaient été édifiées les deux brasseries ont été entièrement détruits. Plus rien n'y susbsiste pour faire enquête mais qu'à cela ne tienne... Les vents du pays, surtout le nordet, ont peut-être quelque chose à voir avec tout ça ; en tout cas, c'est une piste à suivre !

Même maladie, deux appellations à trois siècles d'intervalle
Ayant donc vu de près cette maladie nouvellement identifiée sous un nouveau nom grâce à la technologie disponible dans les années 1960 qui ne l'étaient pas il y a trois siècles, le Dr. Yves Morin nous raconte le tout en tableaux passant d'une époque à l'autre avec une facilité savante. Entre les efforts du Dr. Bonamour et ses propres recherches à titre de médecin au XXe siècle en plus de ses entretiens avec la soeur Sainte-Geneviève, garante de la passation de l'histoire non écrite des symptômes plus que similaires, on suit le cardiologue dans son cheminement pour finalement découvrir la cause du problème qui rendait tant de femmes veuves et sans ressources pour élever tant d'enfants orphelins de père décédés trop jeunes, dans la force de l'âge et autrement en excellente santé.

La gestion par comités : contre-productive pour la santé publique
La portion du livre qui est tout particulièrement captivante est celle où au vingtième siècle la maladie réapparaît, les médecins en découvrent la cause mais les fonctionnaires, suivant des règles établies, approuvent tout de même l'addition d'un ingrédient n'apportant aucune amélioration au goût mais seulement à l'apparence, choisissant de se fier à pas grand' chose de véritablement applicable et ensuite s'entêtant à ne pas retirer pendant longtemps le produit, laissant ainsi mourir nombre de personnes et prouvant leur presque inutilité quant à leur implacable retenue en fonction de normes ou de directives n'adhérant pas au but ultime de leur présence au ministère ou du pourquoi de leur salaire, dans ce cas-ci la santé publique.

Un additif appelé démon dans un pays et terreur dans l'autre est approuvé au Canada
À la lecture du dénouement face à la demande par la brasserie canadienne d'ajouter l'additif néfaste connu sous le nom de démon et de terreur dans des pays de brasserie traditionnels, on suffoque littéralement de voir autant de bêtise humaine rassemblée pour se faire accroire de se préoccuper de notre santé nationale.

Un roman aussi intelligent que bien écrit et que captivant, pour hommes et femmes

Vraiment un thriller médico-historique québécois, basé sur des faits réels, écrit par un cardiologue en toute connaissance de cause ayant vécu la résurgence de la maladie de très près !

EXTRAITS


« Je ne savais pas à ce moment que ce tableau reviendrait me hanter et resterait longtemps gravé dans ma mémoire. » (p. 9)

« Le petit bâtiment qu'on leur avait construit était encore inachevé et ressemblait plus à une cabane qu'à un hôpital. » (p. 47)

« Je suis monté à la salle des hommes pour y rencontrer Duplin. Je lui ai tout raconté, mais [...] Restait tout de même le fait que l'état de santé de  M. Tremblay s'était normalisé et que, par ailleurs, il fréquentait toujours le Chat Blanc et y consommait autant de bière qu'avant, mais d'une marque différente. » (p. 89)

« À Québec, tous se présentent à l'Hôtel-Dieu, quel que soit leur niveau de fortune et il n'est pas inhabituel de voir dans la salle des hommes un riche bourgeois avoisinant son engagé, ce qui est impensable en France. » (p. 108)

« Cependant, nous devions agir dans le plus grand secret. » (p. 113)

« Un vent froid soufflait sur le sentier escarpé, enneigé et glissant. Grâce aux bons soins de l'intendant, Jean de Bonamour était chaudement vêtu et les excursions qu'il faisait dans les forêts avoisinantes, chaussé de raquettes, lui avaient fortifié les muscles des jambes. » (p. 218)

« Je lui ai dit : Le Dr Malenfant a reconnu chez nos malades décédés des lésions thyroïdiennes qui sont caractéristiques » (p. 225)

« En fait, cette expérience a suscité un intérêt considérable à l'intérieur de la Division des additifs alimentaires et de la salubrité et même dans tout le ministère. Au cours des mois qui ont suivi, on s'est souvent référé à cette étude qu'on a désignée dans un souci de concision par le nom de ' l'expérience des rats bleus enjoués ' (The playful blue rate experiment) » (p. 234)

« Il s'agit là d'un risque que devront courir les buveurs de bière » (p. 235)

« Herb Stanley s'est arrêté de parler » (p. 245)


L'AUTEUR
Yves Morin a été cardiologue à l'Hôtel-Dieu de Québec. Il a aussi été doyen de la Faculté de médecine de l'Université Laval. Il est Officier de l'Ordre du Canada, Officier de l'Ordre national du Québec et Chevalier de l'Ordre national du Mérite (France).


Le mot de la fin
On oublie trop vite les scandales alimentaires qui se produisent bon an mal an. En 1965, on était en pleins préparatifs de mettre Montréal sur la carte du monde avec Expo 67. Et c'est à ce moment que la Brasserie Dow a offert à Montréal un planétarium tout neuf dont elle a entièrement absorbé les coûts. Un planétarium dont les lentilles provenaient d'un pays où l'additif n'avait pas été permis.

SOUVENIR : Adieu, Planétarium Dow

Après lecture du roman, pour ne pas se désoler par la suite de connaître le dénouement ou l'issue du thriller, on pourra consulter le site Internet lescoeurstigres.ca où l'on peut consulter des documents d'archives, photos et illustrations, cartes et plans, références et plus encore.


ENTREVUE VIDÉO AVEC ÉRIC SIMARD


Les Coeurs tigrés
Auteur : Yves Morin


Publié en 2011 au Septentrion, Québec
Collection : Hamac classique
452 pages
Format papier : 29.95$, ISBN papier : 9782894486801
Format PDF : 17.99$, ISBN PDF : 9782896646487

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