mercredi 22 février 2012

Marie-Josèphe-Angélique, esclave noire Montréalaise sous le régime Français


« Les noirs étaient pas considérés comme des êtres humains...
D'un autre côté, les femmes non plus. »

Marie-Josèphe-Angélique, esclave noire
Interpellée par l'histoire d'une jeune femme noire ayant été vendue comme esclave à Montréal à l'époque de la Nouvelle-France et par l'accusation et la condamnation criminelle qui ont suivi, Tetchena Bellange est partie à la conquête du fin fond de son histoire. Elle s'est adressée à nombre d'historiens et artistes de la scène qui ont travaillé ensemble pour créer ce film basé sur le vécu de Marie-Josèphe-Angélique, esclave noire à Montréal au 18e siècle. Le film est un documentaire dans lequel on a comblé les manques d'archives par des scènes jouées et costumées comme dans une pièce de théâtre historique.


Qui était Marie-Josèphe-Angélique ?
Née au Portugal, emmenée en Hollande puis à Fort Orange et en fin à Montréal, Marie-Josèphe rebaptisée Angélique n'en faisait apparemment qu'à sa tête. Elle sortait la nuit pour retrouver son amoureux, Claude Thibault, un blanc libre avec qui elle a été attrapée la nuit, en train de vouloir se sauver. Puis, comme les maisons étaient encore au moins partiellement construites de bois, un incendie eut lieu dans notre ville d'alors, sans pompiers et sans rien pour arroser ou arrêter les flammes, ce qui permit au feu de se propager gravement. Le film en fournit les détails.


DVD : Les Mains noires . Procès de l'esclave incendiaire
On y parle de la loi criminelle de 1670 en colonie Française, loi selon laquelle « on peut arrêter et condamner quelqu'un uniquement sur la foi de la rumeur publique ». Dans le film, la comédienne principale Tetchena Bellange et ses interlocuteurs et interlocutrices prennent connaissance des documents originaux tirés des archives montréalaises et québécoises. La beauté primordiale c'est aussi le commentaire accompagnant le documentaire, les séquences théâtrales, à savoir si ce qu'on y voit était plausible à l'époque.


Certaines choses ne changent pas.....
La veuve, pour qui elle travaillait et chez qui le feu du 10 avril 1734 aurait pris naissance selon la pagaille qui a suivi, était une femme seule. Si au début elle défend son esclave, tout le reste de la petite population d'alors se ligue contre Angélique. Le film dépeint la crainte, la haine, la rage, la jalousie... Il y est dit qu'un gros procès s'est tenu, 22 personnes ayant témoigné contre Angélique. Et l'humanité dans tout ça ? On ne la trouve pas là où on serait porté à la chercher...

Marqué au fer rouge
La vie d'esclave en Nouvelle-France est aussi abordée sous ses nombreuses facettes, en fonction des informations dont nous disposons. Également, on y analyse historiquement et théâtralement les comportements et motivations des uns et des autres. Les archives ont été épluchées, lues, relues et re-relues pour en comprendre les attitudes, les conséquences d'accusations, le pourquoi des changements de témoignages, le bourreau, les moyens et les méthodes pour accuser et faire avouer. On y entend aussi l'origine d'expressions comme marqué au fer rouge et on voit, par croquis cette autre pratique de briser les os.

Tourné à Montréal
On reconnaît facilement les lieux où les scènes ont été filmées, le Vieux-Montréal, la rue St-Paul...


Bonus - des entrevues exceptionnelles menées par celle qui a initié toute cette recherche

Le DVD contient également des entrevues vidéos avec le dramaturge Pascal Brullemans, l'historien Paul Fehmiu Brown, le metteur en scène Peter Batakliev, l'historienne Dorothy Williams. Ils et elle nous expliquent leur point de vue. Entre autres, la vision de l'histoire selon le dramaturge, que l'on cantonne habituellement « polarisée entre anglophones et francophones » alors que dans le cas qui nous intéresse ici les Québécois sont les maîtres. « C'est l'injustice, c'est le fait d'être un objet, c'est le fait de pas avoir de droits; on parvient à se faire une vie, j'imagine, à travers [...] la souffrance, le manque de respect, le mauvais traitement ; mais il restera toujours [...] ce sentiment-là que c'est un être humain ». « Pour tout le monde, tout est réglé d'avance ». « Les noirs étaient pas considérés comme des êtres humains... D'un autre côté, les femmes non plus. »

Versions française et anglaise sur le DVD
On peut visionner le film en français ou en anglais, les deux versions étant présentes séparément sur le DVD.
Depuis son lancement, le film a remporté le prestigieux prix du meilleur documentaire au Festival International du film panafricain de Cannes et fait le tour du monde dans des festivals de film réputés (Montréal, New York, Chicago, Paris, Ouagadougou, Rouyn-Noranda, Toronto, etc.). Le DVD est dorénavant accessible au grand public, en magasin et sur iTunes.


EXTRAITS DE DIALOGUES


« Jure devant Dieu que tu n'essaieras pas de t'enfuir encore une fois. »


« Tu penses qu'il est vraiment différent ? Tu crois pas qu'il voulait seulement t'emmener à Albany pour te vendre ? »


« L'esclavage amérindien existait déjà avant l'arrivée des blancs. »


« Non, la corde c'est trop doux. »


« Il a vu Angélique se faire arrêter [...] Il ne subira jamais son procès [...] C'est seulement elle qui est accusée. »


« La rumeur sera suffisante ! »
Mais j'ai besoin d'un témoin pour accuser la négresse, s'acharnent le juge Pierre Rimbault et François Berry des Essars. Vous l'aurez, lui répond ce dernier.


« On voulait un coupable à tout prix. »


« Thibault est loin maintenant, il reviendra pas te chercher. Aide-moi à terminer cette histoire ! »

« Comme tu voudras ; c'est par là pour l'exécution. »


« Et pendant que tu brûlais, toute la ville s'est mise à danser. »



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